Animaanimus

 

Dès lors que nous nous rendons vraiment compte que nous avons une ombre et cessons de projeter naïvement toutes nos mauvaises qualités sur nos malchanceux voisins, et dès lors que nous nous apercevons aussi que notre conscience ne constitue qu’un coin minuscule de l’inconnu infiniment plus vaste qui est en nous, nous avons conquis notre petit lopin de terre ferme et nous pouvons commencer à faire la connaissance de notre anima ou animus. D’une part ces figures ont un aspect personnel, si bien que nous pouvons parler de « mon » animus ou de « mon » anima, mais, d’autre part, elles résident dans l’inconscient collectif, si bien qu’il semble plus correct de parler de « l’ » animus ou « l’ » anima, comme Jung l’a noté dans la Psychologie du Transfert.

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Dans la plupart des formes de sociétés humaines, on croit généralement en une sorte de personnification du diable lui-même. Il est inévitable que nous projetions des forces collectives sur nos voisins, ou que nous les introjections en nous-mêmes, si nous n’accordons aucune réalité aux figures de l’inconscient collectif. En conséquence, il me semble de la plus haute importance de ne jamais oublier que l’animus – même si nous le considérons de façon personnelle – est aussi une figure de l’inconscient collectif.

Jung a démontré dans un séminaire que, dès qu’une femme commence à contrôler son animus, ou un homme son anima, ils doivent faire face à l’instinct grégaire de l’humanité. L’état originel de l’être humain était un état d’inconscience totale, qui persiste toujours en nous aujourd’hui. Dès que nous essayons de nous libérer de la possession de l’anima ou de l’animus, nous atteignons un nouvel ordre des choses, qui est un défi à l’ordre préexistant. Si un mouton prend seul la tête du troupeau, les autres le prendront pour un loup et il sera, par conséquent, exposé aux attaques. De plus, à peine êtes-vous débarrassés d’un diable, que tous les autres se liguent contre vous :

Si un homme tente modestement de contrôler son anima, il se retrouve immédiatement dans une situation où il est mis à l’épreuve jusqu’au sang ; tous les diables du monde essaieront de pénétrer son anima afin de le ramener dans le giron de Mère Nature…La même chose est vraie pour une femme : chaque diable passant à moins de 150 kms s’efforcer d’irriter son animus.(1)

La vérité de ces affirmations peut paraître évidente, je pense, à n’importe quelle femme qui a fait un sérieux effort pour être en accord avec son animus. D’un côté, son entourage est fasciné par le fait qu’elle ait gagné un point de vue « au-dessus de la mêlée » mais d’un autre, l’inconscient, et en particulier l’animus, est irrité, car quelque chose contre-nature s’est accompli. Elle se retrouve donc exposée aux attaques les plus inattendues, en général tout à fait irrationnelles.

 

Barbara Hannah - Réalité du monde intérieur (La Fontaine de Pierre)

(1) C.G. Jung : Visions, notes sur le séminaire donné en 1930-1934.