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Il n’y a pas de lumière sans ombre ni de totalité psychique sans imperfection. La vie nécessite pour son épanouissement non pas de la perfection mais de la plénitude. Cela comporte « l’écharde dans la chair », l’expérience douloureuse des imperfections, sans laquelle il n’y a ni progression, ni ascension. Seule l’interférence de l’espace et du temps dans l’ici et maintenant crée de la réalité. La totalité se réalise que dans l’instant, dans ce moment, que Faust chercha sa vie durant.

Chaque vie est en définitive la réalisation d’une totalité, c’est-à-dire d’un Soi, motif pour lequel on peut dénommer cette réalisation une individuation. Car tout ce qui vit est lié à des vecteurs et à des réalisateurs individuels, et est sans ceux-ci absolument inconcevable. Mais du fait de chaque porteur se trouve donné aussi une destinée et une spécificité individuelle, et c’est sa réalisation en tant que telle qui constitue le sens de l’existence vivante. Le « sens », il est vrai, est fréquemment quelque chose que l’on pourrait tout aussi bien appeler un « non-sens », mais entre le mystère de l’être et la raison humaine existe pas mal d’incommensurabilité. Ce que nous appelons « sens » et « non-sens » sont des interprétations entachées d’anthropomorphisme visant à une orientation de valeur apparemment suffisante.

 

C.G. Jung – L’Âme et la Vie (Le livre de poche)