mur

 

Pour une certaine médiocrité intellectuelle, caractérisée par un rationalisme éclairé, une théorie scientifique qui simplifie les faits constitue un excellent moyen de défense, à cause de la foi inébranlable que l’homme moderne accorde à tout ce qui porte l’étiquette scientifique. Une telle étiquette tranquillise les esprits à l’égal – ou presque – de la fameuse maxime : Roma locuta, causa finita (Rome a parlé, le débat est tranchée, le débat est clos).

Dans le domaine de la psychologie, les théories sont souvent désastreuses. Certes, certains points de vue théoriques nous sont utiles pour l’orientation et la découverte, mais ils ne devraient être que des auxiliaires que l’on puisse, à tout moment, mettre de côté ; nous connaissons si peu de l’âme qu’il est tout simplement ridicule de penser que nous sommes à même de bâtir des théories générales ; nous n’avons même pas encore réussi à fixer l’étendue empirique de la phénoménologie psychique ! Comment, en de telles circonstances, peut-on se permettre de rêver de théories de portée générale ? N’est-ce pas que la théorie est le meilleur bouclier de l’insuffisance de l’expérience, de l’ignorance ? Les conséquences en sont affligeantes : étroitesse d’esprit, entrave à l’intelligence, manque de profondeur, sectarisme scientifique…

 

C.G. Jung – L’Âme et la Vie (Le livre de poche)