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C’est une grosse erreur de croire que l’âme de l’enfant nouveau-né est une tabula rasa, comme s’il n’y avait absolument rien en elle. Puisque l’enfant vient au monde avec un cerveau différencié, prédéterminé par hérédité et par conséquent individualisé, il oppose aux impressions sensibles venant du dehors non pas des dispositions quelconques, mais des dispositions spécifiques et cela conditionne sans plus un choix individuel et des formes de l’aperception. On peut prouver que ces dispositions sont des instincts hérités et même des préformations conditionnées par la famille. Ces dernières sont des conditions a priori formelles de l’aperception, basées sur des instincts. Ce sont les archétypes qui indiquent à toute activité imaginative ses voies déterminées ; il en résulte les fantaisies des rêves enfantins ainsi que les fantasmes du schizophrène qui présentent de surprenantes ressemblances mythologiques ; on en trouve finalement aussi de semblables, mais dans une moindre mesure, dans les rêves des gens normaux et des névrosés. Il ne s’agit donc pas de représentations héritées ; il s’agit de possibilités héritées de représentations.

Les conditions originelles de structure de la psyché sont d’une uniformité surprenante, autant que celles du corps visible. Les archétypes sont comme des organes de la psyché pré-rationnelle. Ce sont des formes et des idées héritées, éternelles et identiques, d’abord sans contenu spécifique. Le contenu spécifique apparait dans la vie individuelle où l’expérience personnelle se trouve captée précisément dans ces formes.

Les archétypes sont précisément comme des lits de rivières, que l’onde a délaissés, mais qu’elle peut irriguer à nouveau après des délais d’une durée indéterminée. Un archétype est quelque chose de semblable à une vieille gorge encaissée, dans laquelle les flots de la vie ont longtemps coulé. Plus ils ont creusé ce lit, plus ils ont gardé cette direction et plus il est probable que tôt ou tard ils y retourneront.

(…)

Ce que l’âme engendre c’est, psychologiquement, des images dont la raison admet généralement qu’elles sont sans valeur. Les images de ce genre le sont en fait puisque on ne peut les utiliser avec un succès immédiat dans le monde objectif. Leur première possibilité d’utilisation est l’art, si on dispose de cette forme d’expression. La deuxième est la spéculation philosophique ; une troisième est la spéculation quasi religieuse qui mène à l’hérésie et à la fondation de sectes ; la quatrième consiste en l’emploi des forces incluses dans les images pour des excès de toutes formes.

Les archétypes étaient et sont des forces vitales psychiques qui demandent à être prises au sérieux et qui prennent soin aussi, de la façon la plus bizarre, de se faire valoir. Ils ont toujours été protecteurs et sauveurs ; les enfreindre a pour conséquence ces « périls de l’âme » bien connus de la psychologie des peuples primitifs. Ils peuvent être en effet provocateurs immanquables de troubles névrotiques et même psychotiques, se comportant exactement comme des organes ou des systèmes organiques négligés ou maltraités.

 

C.G. Jung – L’Âme et la Vie (Le livre de poche)