dragon

 

L’archétype est aussi une manière de complexe ; mais à l’opposé de ceux que nous avons étudiés jusqu’ici, il n’est plus le fruit de l’expérience personnelle ; c’est un complexe inné. L’archétype est un centre chargé d’énergie. Le dragon, par exemple, constitue une de ces images originelles archétypiques. Si, au cours de mon existence, je ne rencontre pas le dragon qui est en moi, si je mène une existence qui reste dénuée de cette confrontation, je finirai par me sentir mal à mon aise, un peu comme si je me nourrissais constamment d’aliments dépourvus de vitamines ou de sel. Il me faut rencontrer le dragon, car celui-ci, de même que le héros, est un centre chargé d’énergie. Si la rencontre ne se produit pas, cette carence entrainera avec l’âge une contrariété semblable à celle que fait éprouver l’omission d’un besoin naturel à l’homme.

Cela peut paraitre paradoxal, mais ces images originelles – dont il existe une foule – portent chacune leur charge spécifique, dont nous ne sommes pas bénéficiaires tant que, ne nous y étant pas encore butés, nous ne les avons pas incorporés d’une façon quelconque à la trame de notre vie. La rencontre avec le dragon peut s’effectuer selon différentes modalités, l’essentiel étant qu’il y ait confrontation. Je ferai peut-être mieux comprendre ma pensée en vous disant : on ne se sent pas tout à fait à son aise tant qu’on ne s’est pas rencontré avec soi-même, tant qu’on ne s’est pas heurté à soi-même ; si l’on a pas été en butte à des difficultés intérieures, on demeure à sa propre surface ; lorsqu’un être entre en collision avec lui-même, il en éprouve, après coup, une impression salutaire qui lui procure du bien-être.

 

C.G. Jung – L’homme à la découverte de son âme ( Albin Michel)