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L’individu est, en règle générale, tellement inconscient qu’il ne se rend même pas compte de ses possibilités de décision et c’est pourquoi il recherche toujours anxieusement des règles et les lois extérieures auxquelles, dans sa perplexité, il puisse se tenir. Abstraction faite des insuffisances généralement humaines, c’est l’éducation qui, pour une bonne part, est coupable de cet état des choses, éducation qui cherche exclusivement ses normes dans ce que l’on sait couramment, et qui ne parle jamais de ce qu’est l’expérience personnelle de l’individu. On enseigne ainsi les idéalismes dont, la plupart du temps, on sait sûrement qu’on ne pourra jamais y satisfaire, et ils sont prêchés ès qualités par des êtres qui savent qu’ils n’ont eux-mêmes jamais satisfait et qu’ils n’y satisferont jamais. Cette situation est habituellement supportée sans y regarder de plus près.

Qui, par conséquent, désire trouver une réponse au problème du mal, aujourd’hui posé, a besoin en premier lieu d’une connaissance approfondie de lui-même, c’est-à-dire une connaissance aussi poussée que possible de sa totalité. Il doit savoir sans ménagement de quelle somme de bien et de quels actes honteux il est capable, et il doit se garder de tenir la première pour réelle et les seconds pour illusion. L’une et les autres sont vrais en tant que possibilités et il ne pourra entièrement échapper ni à la première ni aux seconds s’il prétend vivre – comme cela au fond devrait aller de soi – sans se mentir ni se flatter. Mais on est en général encore tellement éloigné d’un semblable niveau de conscience que cette attente paraît presque dénuée d’espoir, bien qu’existe chez beaucoup d’êtres modernes la possibilité d’une connaissance profonde de soi-même.

 

C.G. Jung – Ma Vie, Souvenirs, rêves et pensées (Folio)