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Dès son origine – comme on le voit au niveau primitif et au niveau infantile –, la conscience se constitue par agrégations successives de contenus émergeant de l’inconscient : lorsqu’il n’y a pas encore un complexe du Moi structuré, nous voyons qu’elle étincelle çà et là, chaque fois qu’un évènement extérieur ou intérieur vient l’éveiller. Même aux niveaux plus élevés, la conscience n’est jamais une totalité complètement et définitivement intégrée, mais est toujours capable d’une expansion indéfinie. On peut la considérer « comme entourée de nombreuses petites luminosités ».

 Il ne faut pas penser à une lumière absolue de la conscience qui s’oppose à l’obscurité de l’inconscient, mais plutôt à des contenus psychiques relativement conscients, organisés dans la lumière suffisamment continue et ininterrompue du complexe du Moi, contrairement à des contenus psychiques relativement inconscients – une myriade de luminosités dissociées et autonomes que nous pourrions représenter comme le « firmament intérieur » de Paracelse, « qui contemple la psyché obscure comme un ciel nocturne constellé d’étoiles, dont les planètes et les constellations d’étoiles fixes représentent les archétypes dans toute leur luminosité et leur numinosité ». Dans les rêves et les visions des patients d’aujourd’hui on voit apparaître le ciel étoilé, ou une myriade de lumières, ou bien des yeux innombrables qui brillent dans l’obscurité, qui symbolisent précisément ces multiples luminosités présentées dans l’inconscient.

 Comme le dit Marie-Louise Von Franz, « un archétype constellé dans l’inconscient d’un individu transmet des idées spontanées, des images, des connaissances, des inspirations, une connaissance intuitive des choses » qui témoignent d’une forme d’ « intelligence » tout à fait différente de la conscience du Moi. La femme semble participer, nettement plus que l’homme, de cette relativité naturelle de l’inconscient et de la conscience. Elle est beaucoup plus capable que l’homme d’accepter et de comprendre le relatif, qui inclut aussi l’autre partie, contrairement à l’absolu qui exclut rigidement de soi tout ce qui y est étranger, comme incompatible. La conscience patriarcale s’est élevée à une « autosuffisance » ou plutôt à une « suffisance du Moi » qui lui a conféré un pouvoir apparemment absolu sur l’inconscient et une suprématie incontestable sur le féminin et les forces de la nature. Mais cette sorte d’omnipotence trouve sa limite dans l’unilatéralité excessive qui est fatalement menacée d’énantiodromie, c’est-à-dire de chute dans son opposé.

A l’heure actuelle, comme peut-être jamais auparavant, il est nécessaire de réévaluer une conscience féminine qui est, de par sa nature, beaucoup plus liée à l’inconscient : de fait, paradoxalement, c’est dans l’inconscient que le Moi féminin puise non seulement sa vitalité créatrice mais aussi son principe de conscience. La modalité « lunaire » de la conscience féminine, dont le rayonnement ne laisse rien échapper et ne cache pas le ciel étoilé, tend à une vision totale, même si elle est imparfaite, qui s’oppose à l’idéal de perfection masculine.

« La perfection est un desideratum, une aspiration et un besoin masculins, tandis que la femme, par nature, vise à la "complétude" (…). Car de même qu’un ensemble complet est toujours imparfait, la perfection est toujours incomplète et représente de ce fait un état terminal désespérément stérile. Ex perfecto nihil fit – du parfait (ou de l’achevé) rien ne sourd, disent les maîtres anciens, tandis qu’à l’opposé, « l’imparfait » porte en lui les germes d’une amélioration future. »

 

Silvia Di Lorenzo – La femme et son ombre (Albin Michel)